|
Biographie Claude Lelouch Les débuts Né à Paris en 1937 (la même année de naissance que Blanche Neige, son premier souvenir ciné), Claude Lelouch préfère très tôt les cinémas des Grands Boulevards aux salles de classe. Lorsqu'il rate son bac, son père, gérant d'une confection dans le Sentier, lui offre une caméra (une Paillard 16) et une petite somme d'argent afin de lui donner une nouvelle chance. Dès lors, il filme comme il respire le quotidien, l'oeil collé à l'oeilleton. L'école de la rue forme cet apprenti-réalisateur. Ses premiers faits d'armes sont des reportages qu'il effectue dans le monde entier, en tant que caméraman d'actualités. Les événements de Suez et Budapest sont immortalisés par ce boulimique de l'image. Mais, c'est à Moscou, en 1957, où il filme clandestinement, la caméra dissimulée sous le manteau, des instants de vie de l'URSS que se produit le déclic avec le cinéma. Au cours d'une visite aux studios Mosfilm, Claude Lelouch a l'occasion d'assister au tournage de Quand passent les cigognes de Mikhaïl Kalatosov... Une révélation. La révélation. A son retour du service militaire, en 1960, effectué au sein du Service cinématographique des armées, il décide de voler de ses propres ailes. Il monte sa propre société de production : Les Films 13 (sur les conseils de son notaire), et tourne son premier long métrage, Le propre de l'homme. Le succès n'est pas au rendez-vous : un cuisant échec financier et public. Qu'importe. Le tout jeune réalisateur est obstiné, et persévère... Avec les gains acquis grâce à la réalisation de centaine de scopitones (l'ancêtre des vidéos clips) et de films publicitaires, il finance son second film L'amour avec des si (1962) qui lui vaut d'être distingué par la critique en Suède. Mais, toujours pas la France, qui le boude. Avec quelques amis (Pierre Barouh, Amidou, Jean-Pierre Kalfon), il tourne Une fille et des fusils (1964) qui décroche plusieurs prix dans des festivals. Le tournant se produit en 1966. Année magique, celle de la consécration. Les chabadabada chabadabada deauvilloises envahissent la Croisette. Claude Lelouch remporte la Palme d'Or avec Un Homme et une Femme, mélodrame flamboyant servi par le couple désormais mythique Anouk Aimée - Jean-Louis Trintignant. Le film décroche deux Oscars et remporte pas moins de quarante-deux récompenses internationales. La "machine est lancée" ; la caméra ne cessera plus de tourner.
Le style La caméra est d'ailleurs au coeur du "style Lelouch". Inimitable, reconnaissable de film en film par le plus grand nombre. Portée à l'épaule, elle tourne un plan-séquence, effectue un travelling ou un panoramique audacieux à 360°... Claude Lelouch aurait même pu être disciple du réalisateur et théoricien russe, Dziga Vertov, qui dans les années vingt, lança le manifeste "Ciné-Oeil". Ensemble de théories qui affirme le pouvoir de la caméra : "Je suis le ciné-oeil, l'oeil mécanique, la machine qui déchiffre d'une manière nouvelle un monde inconnu...". Autre clin d'oeil à l'histoire du cinéma, Lelouch déclara dans un entretien accordé à Yonnick Flot (in "Ma vie pour un film" - Bibliothèque du spectacle - Lherminier - 1986) qu'il n'écartait pas la possibilité d'avoir été opérateur des frères Lumière dans une vie antérieure... Plus sérieusement, le réalisateur définit ainsi son style : "C'est précisément la relation qui existe entre l'histoire et le cinéma. C'est la captation d'instants qui ne relèvent pas de la comédie traditionnelle. C'est le contraire du théâtre. Au théâtre, on recommence tous les soirs la même émotion, la même phrase. Ce que j'aime au cinéma, c'est la chose dite, sentie, une fois pour toutes. C'est l'émotion capturée et enregistrées à jamais" (id.)
Un cinéma d'auteur en toute liberté "Je veux faire un cinéma d'auteur. Il faut qu'un réalisateur fasse un film avec autant de liberté qu'un écrivain fait un livre" (in "Cannes, les années Festival" - Arte Editions, Mille et une nuits). Cette liberté, le cinéaste l'a acquise en étant son propre producteur, privilège rare qui le dispense d'être à la merci du "succès obligatoire". Original, enthousiaste, marginal, autodidacte, Claude Lelouch conjugue le plus souvent le mot amour à tous les temps, "car l'amour est le plus beau des sentiments. Et le plus beau mot de la langue mondiale". Sa caméra virevolte entre les romances, capture les passions, accroche les jalousies, déchirures, chassés-croisés, incompréhensions et autres mensonges. Le couple est son obsession. L'homme et la femme, sa thématique. Et la caméra, le microscope de la vie. Son dogme, c'est de ne tourner que ses propres scénarios. Et de tenir lui-même l'objectif. Tel un équilibriste, ce juvénile sexagénaire adore bouger avec la caméra, s'exciter, se contorsionner. Se lançant à corps perdu dans les aventures les plus périlleuses (l'aventure, c'est l'aventure, isn't it ?). Toujours en quête de la perfection. De l'émotion. Bref, à une (in)humaine course au bonheur. "Mes histoires sont peut-être naïves et mes raisonnements simplistes, mais ce sont les miens". Se définissant comme "une concierge de luxe", Claude Lelouch fait des sentiments humains son "fonds de commerce", faisant croiser les destins dans un monde régi par des lois simples, par des hasards qui renvoient à un destin manipulateur auquel il est attaché. Même après trente-neuf ans de carrière et trente-neuf fictions et documentaires (3 x 13, tiens, tiens, éternelle superstition !), la passion et l'énergie animent toujours le cinéaste. Comme au premier jour. Même avec une critique acerbe qui ne l'a jamais ménagé, lui reprochant tout (le fond, la forme, son indépendance, sa manière de "tourner en rond"...). Un malentendu chronique qui perdure. Comme disait Bernard Tapie dans Hommes, femmes : mode d'emploi (1996), "le pire n'est jamais décevant !". Immunisé contre ces attaques, il prend sa revanche avec les faveurs du public, fidèle à son style, à son tourbillon narratif, qui, d'un apparent fouillis, converge vers une seule et même histoire. La belle histoire.
Electron libre du cinéma, Claude Lelouch n'est pas prêt de déchausser les babouches de réalisateur. Si un polar (P comme Polar) semble être "le prochain Lelouch", trois autres projets, bien moins avancés, pourraient bien passer devant. Sans oublier, cette idée d'un film couvrant une période importante... Du Big Bang à aujourd'hui ! Avant une comédie musicale, son rêve absolu. |