L'insoumis du plat pays

 

Avec Jacques Brel, c'est un peu l'histoire des "années Barclay" qui défile sous nos yeux. "Il voulait signer un contrat à vie avec moi, précise l'homme au complet blanc. Mais la loi l'interdit !" Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple : les deux amis passent donc un accord de deux fois 33 ans. L'aventure entre le chanteur et le producteur démarre, elle, à la terrasse d'un restaurant. Guitare en bandoulière "l'abbé Brel", comme on le surnomme alors dans les cabarets, fait ses armes sur le bitume parisien. Avec ses textes sous le bras, ce grand échalas au visage acéré et au regard fiévreux attire aussitôt l'attention d'Eddie Barclay. L'apprivoisement passé, l'union sacrée entre les deux hommes ne se démentira jamais. Une complicité aussi solide que celle entretenue avec Charles Aznavour et Léo Ferré, et qui dépassera très vite le simple cadre professionnel. Car dans la vie du "Grand Jacques" il y a bien un avant "Barclay". Quand Brel quitte sa Belgique natale, où il pousse son premier cri le 8 avril 1929, il rompt avec un avenir confortable. Son père, qui dirige une entreprise de cartonnage, verrait bien le jeune homme reprendre en main la société familiale. Jacques l'entend d'une autre oreille et pose ses valises en 1953 à Paris. C'est l'époque des vaches maigres, des cachets à la petite semaine et des rencontres décisives (Georges Brassens, Raymond Devos, Juliette Gréco, Jacques Canetti). Un an plus tard, il sort son premier disque d'où émergent deux chansons, "Sur la place" et "Le Diable". Puis, il travaille encore et toujours ses compositions avant d'obtenir en 1957 la reconnaissance du public (et bientôt de la critique) pour le titre "Quand on a que l'amour". Accompagné de deux musiciens, François Rauber et Gérard Jouannest, Brel conquiert les planches de l'Olympia et de Bobino. Dans les années 60, il passe d'ailleurs le plus clair de son temps sur les routes. Généreux dans ses performances, il donne jusqu'à 300 concerts par an. Et entre deux spectacles, il compose et se nourrit de mille expériences. Auteur-compositeur-interprète, il sait mieux que quiconque comment jouer ses textes sur scène. "Brel ne parle plus de l'amour à l'autre, mais de l'amour des autres", résume Barbara. Son répertoir prend une toute autre dimension puisqu'il y chante le désespoir amoureux ("Ne me quitte pas", "On n'oublie rien", "Les paumés du petit matin"), la condition humaine ("Jeff", "Jacky", "Madeine") et son pays ("Les Flamandes", "Bruxelles", "Le plat pays"). En 1964, à l'Olympia, il donne vie à Amsterdam, une chanson que le public lui réclame deux fois de suite le soir de la première. Deux ans plus tard, Jacques Brel annonce, à l'issue d'un ultime récital dans la salle de Bruno Coquatric, qu'il ne chantera jamais plus en public. Le 17 mai 1967, le "Grand Jacques" fait ses adieux sur la scène d'un petit cinéma de Roubais. Cette retraite musicale (même s'il continue d'enregistrer des disques) marque pour lui le début d'une nouvelle aventure. Fini le music-hall, place au théâtre et aux plateaux de cinéma. En 1968, "L'homme de la Mancha" lui offre un rôle sur mesure avec Don Quichotte. Il s'investit ensuite dans le 7ème art en endossant l'habit d'un personnage intrépide ("Mon oncle Benjamin"), insoucient ("L'aventure c'est l'aventure") et dépressif ("L'emmerdeur"). Enfin, il part sur un voilier, en compagnie de Maddly, à la découverte du monde et des îles de Polynésie. Mais la maladie le ronge et le 9 octobre 1978, Jacques Brel rend l'âme. Selon ses propres souhaits, il repose en paix dans l'archipel des Marquises.

 

 

Sébastien LAHMANI

Au cours de ces concerts Patricia a chanté : "Quand on a que l'amour", "Ne me quitte pas" (en duo avec Maurane) et "Quand on a que l'amour" avec tous les artistes (photos : Véronique et Pascal Servais)

Gauguin (Lettre à Jacques Brel)

Il pleut sur l'île d'Hiva-Oa.

Le vent, sur les longs arbres verts

Jette des sables d'ocre mouillés.

Il pleut sur un ciel de corail

Comme une pluie venue du Nord

Qui délave les ocres rouges

Et les bleus-violets de Gauguin.

Il pleut.

Les Marquises sont devenues grises.

Le Zéphir est un vent du Nord,

Ce matin-là,

Sur l'île qui sommeille encore.

Il a dû s'étonner, Gauguin,

Quand ses femmes aux yeux de velours

Ont pleuré des larmes de pluie

Qui venaient de la mer du Nord.

Il a dû s'étonner, Gauguin,

Comme un grand danseur fatigué

Avec ton regard de l'enfance.

Bonjour monsieur Gauguin.

Faites-moi place.

Je suis un voyageur lointain.

J'arrive des brumes du Nord

Et je viens dormir au soleil.

Faites-moi place.

Tu sais,

Ce n'est pas que tu sois parti

Qui m'importe.

D'ailleurs, tu n'es jamais parti.

Ce n'est pas que tu ne chantes plus

Qui m'importe.

D'ailleurs, pour moi, tu chantes encore,

Mais penser qu'un jour,

Les vents que tu aimais

Te devenaient contraire,

Penser

Que plus jamais

Tu ne navigueras

Ni le ciel ni la mer,

Plus jamais, en avril,

Toucher le lilas blanc,Plus jamais voir le ciel

Au-dessus du canal.

Mais qui peut dire ?

Moi qui te connais bien,

Je suis sûre qu'aujourd'hui

Tu caresses les seins

Des femmes de Gauguin

Et qu'il peint Amsterdam.

Vous regardez ensemble

Se lever le soleil

Au-dessus des lagunes

Où galopent des chevaux blancs

Et ton rire me parvient,

En cascade, en torrent

Et traverse la mer

Et le ciel et les vents

Et ta voix chante encore.

Il a dû s'étonner, Gauguin,

Quand ses femmes aux yeux de velours

Ont pleuré des larmes de pluie

Qui venaient de la mer du Nord.

Il a dû s'étonner, Gauguin.

Souvent, je pense à toi

Qui a longé les dunes

Et traversé le Nord

Pour aller dormir au soleil,

Là-bas, sous un ciel de corail.

C'était ta volonté.

Sois bien.

Dors bien.

Souvent, je pense à toi.

Je signe Léonie.

Toi, tu sais qui je suis,

Dors bien.

BARBARA

Il pleut sur Bruxelles

Y'a Jeff qui fait la gueule assis sur le trottoir

Depuis qu'il est tout seul il est pas beau à voir

Y'a aussi la Mathilde qu'est jamais revenue

Y'a aussi la Mathilde

Qui ne reviendra plus

Et puis y'a la Frida qui n'a aimé que lui

Chez ces gens-là, on est jamais parti

 

Mais lui il s'en fout bien mais lui il dort tranquilleI

l n'a besoin de rien il a trouvé son île

Une île de soleil et de vagues de ciel

Et il pleut sur Bruxelles

 

Les marins d'Amsterdam

S'mouchent plus dans les étoiles

La Marie qu'a des larmes à noyé un canal

Et puis y'a les Flamandes qui n'oublient rien du tout

De Vesoul à Ostende on s'habitue, c'est tout

Seules Titine et Madeleine croient qu'il est encore là

Elles vont souvent l'attendre au tram 33

 

Mais lui il s'en fout bien mais lui il dort tranquille

Il n'a besoin de rien il a trouvé son île

Une île de soleil et de vagues de ciel

Et il pleut sur Bruxelles

 

A force de dire j'arrive à force d'en parler

A force de dire J'arrive il y est quand même allé

Il a rejoint Jojo, la Fanette et Fernand

Peut-être un peu trop tôt mais lui il est content

Il n'a pas entendu que des milliers de voix

Lui chantait " Jacky ne nous quitte pas ! "

 

Mais lui il s'en fout bien mais lui il dort tranquille

Il n'a besoin de rien il a trouvé son île

Une île de soleil et de vagues de ciel

Et il pleut sur Bruxelles

 

Mais lui il s'en fout bien mais lui il dort tranquille

Il n'a besoin de rien il a trouvé son île

Une île de soleil et de vagues de ciel

Et il pleut sur Bruxelles

DALIDA

 

 

 

 

 

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